Les serpents, de Marie Ndiaye

Mon avis

Je continue ma semaine spéciale théâtre avec une pièce que j’aurais dû voir mercredi prochain au TNBA. Il s’agit de Les serpents de Marie Ndiaye.

Trois femmes se retrouvent (ou se rencontrent on ne sait pas trop) devant une maison cachée au milieu des champs de maïs, un 14 juillet, en France. N’espérez pas en savoir plus, aucune contextualisation, Marie Ndiaye entre tout de suite dans le vif de son sujet.

Et son sujet ici c’est les relations entre femmes, plus précisément les relations entre femmes d’une même famille mais que seules lient leurs relations individuelles avec un homme violent. L’une est sa mère, la deuxième sa femme et la dernière son ex-femme. Toutes sont traumatisées. Détruites presque. Jusqu’à pouvoir interchanger leurs identités sans que personne ne s’en rende compte.

Et pourtant on sent une sorte d’attraction sordide et mortelle qui les ramènent à lui. Qui NOUS ramène à lui. Cet homme. Cet ogre. Lui qui brille par son absence. Lui qui se terre dans sa maison. Et lui pourtant qui pèse de tout son poids sur les actions, les réactions, les moindres pensées de ces femmes. Il en devient une obsession pour le lecteur/spectateur.

Les femmes ne sont pas tendres entre elles. Elles se jugent, s’accusent de faiblesse, se manipulent, portent la faute les unes sur les autres. Et finissent toutes par vouloir retourner dans la gueule du loup, ou plutôt dans les crocs du serpent. Comme un lieu sûr peut-être.

Parce que le monde extérieur n’est pas rose non plus. Manque d’argent, pas de travail, solitude. Ce n’est pas pour rien que Marie Ndiaye entoure la maison de champs de maïs à perte de vue. Vous vous êtes déjà mis à courir dans un champ de maïs ? ça blesse, ça coupe, ça semble sans fin, c’est terrorisant ! Ont-elles seulement réussi à en sortir ?

Je referme la pièce avec plus de questions que de réponses, mais surtout avec un profond sentiment de malaise et comme l’impression de m’être frottée aux portes de l’enfer.

“il ne fera qu’une bouchée de moi, qu’une bouchée des enfants”

La 4ème de couverture

Madame Diss a deux belles-filles, France et Nancy.
Madame Diss n’a pas fait la route jusqu’à la maison de son fils, perdue dans les maïs, pour le feu d’artifice du 14 Juillet, mais pour tenter de lui emprunter de l’argent.
Le fils de Madame Diss n’a aucune intention de sortir de la maison, aucune intention non plus de lui permettre d’y pénétrer. Seules France et Nancy ont le droit d’entrer et de sortir, quoique un nombre limité de fois. Car le fils de Madame Diss, tapi dans la cuisine et veillant férocement sur les enfants, est à l’affût de la moindre faiblesse.

Les Editions de Minuit

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Avis lecture & critique Les serpents Marie Ndiaye
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Les serpents – Marie Ndiaye
Editeur : Editions de Minuit, 2004
Prix : 6,60€

À lire sur la thématique de la violence envers les femmes