Ru, de Kim Thúy

Mon avis

Ce court roman, le premier de l’auteur, n’est pas que l’histoire des familles forcées de quitter le Vietnam suite à l’arrivée au pouvoir du Communisme, de ces fameux boat-people et des camps de réfugiés insalubres. C’est aussi l’histoire d’après. En filant presque en voltigeant d’un souvenir à l’autre, Kim Thuy nous invite aussi à découvrir, à travers son personnage principal, l’arrivée en terre promise, l’enracinement progressif dans un nouveau continent mais aussi dans sa propre histoire familiale et celle de son pays de naissance.

Tout ceci semble être placé sur un même plan d’importance par l’autrice et transparaît à travers des bribes de vies, des souvenirs courts de quelques lignes à deux pages tout au plus, s’enchaînant avec une maîtrise parfaite. Tout se lie sous la plume de Kim Thúy, apportant ainsi à des fragments de vie parfois rudes une sorte d’apaisement dans la fluidité. 

C’est l’histoire d’un enracinement, d’une appropriation du rêve américain mais sans jamais pouvoir renier ses origines. Si la jeune femme est tentée d’oublier qu’elle n’est pas d’ici, la société le lui rappelle en la confondant avec une escorte. Et si elle croit que son identité profonde se situe encore en Asie, c’est les vietnamiens qui lui démontrent le contraire : “ce jeune serveur m’a rappelé que de ne pouvais tout avoir, que je n’avais plus le droit d’être Vietnamienne parce que j’avais perdu leur fragilité, leur incertitude, leurs peurs.”

Ce livre a aussi été l’occasion pour moi de découvrir quelques traditions vietnamienne et de comprendre un peu mieux les principes d’éducation de cette amie qui tient à ce que ses trois filles dorment dans la même chambre malgré les terreurs nocturnes de la dernière et malgré le fait que deux chambres soient inoccupées chez elle.

Beaucoup de réflexions sur l’amour et sur l’enracinement ont trouvé leur écho en moi comme ces petits éléments surprenants qui font que l’on peut se sentir chez soi à peu près n’importe où, l’odeur d’un assouplissant par exemple.

Ce n’est pas à proprement dit une histoire mais une invitation à découvrir et ressentir tous ces sentiments universels et intemporels, et en même temps ancrés dans une histoire dont on ne parle pas assez dans notre littérature francophone, celle du Vietnam, et celle de l’Asie.

« Ce jeune serveur m‘a rappelé que je ne pouvais tout avoir, que je n’avais plus le droit d‘être Vietnamienne parce que j’avais perdu leur fragilité, leur incertitude, leurs peurs. »

La 4ème de couverture

Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l’enfance dans sa cage d’or à Saigon, l’arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d’un bateau au large du golfe de Siam, l’internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, Ru dit le vide et le trop-plein, l’égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d’un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d’argent ou la puissance d’une odeur d’assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d’hier et d’aujourd’hui avec la maîtrise d’un grand écrivain.

Edition Liana Levi

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Avis lecture & critique de livre Ru Kim Thuy
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Ru – Kim Thúy 
Editeur : Editions Liana Levi, collection Piccolo, 2010
Prix : 7€

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