Noces de Jasmin, de Hella Feki

Mon avis

Dix ans après donc, Hella Feki écrit le Printemps arabe. 

Noces de Jasmin, c’est l’histoire d’un peuple opprimé qui se révolte. C’est l’histoire d’une immolation (à l’origine de la révolte), de tortures, de manifestations d’ampleur, d’un reversement de dictature… mais c’est aussi (et c’est là que j’ai moins suivi) une histoire d’amour. L’autrice nous invite à vivre ces quelques jours où tout bascule, aux côtés de Medhi (journaliste/hacker emprisonné), Essia (sa petite amie), Yacine (le père d’Essia) et, personnage plus incongru, “la cellule”. 

On découvre grâce aux témoignages de ces quatre narrateurs, une perception de la dite révolution de Jasmin. Une perception qui m’a un peu frustrée malheureusement puisque je l’ai trouvée très distante de l’action et de la politique, et je ne m’attendais pas à ça. Et ce n’est d’ailleurs pas ce à quoi nous prépare la quatrième de couverture…

Cependant, le personnage qui m’aura le plus touchée dans cette lecture est incontestablement le plus éloigné des révoltes (paradoxe quand tu nous tiens), Yacine. L’autrice nous donne à voir à travers ce personnage, un pan très souvent invisible de l’Histoire (et pour cause !) : celui de ceux qui soutiennent l’action sans y participer, que ce soit par peur ou par incapacité – souvent un peu des deux. 

Je ne saurais pas vous dire beaucoup plus de cet ouvrage, si ce n’est que je trouve extrêmement audacieux d’écrire un premier roman “historique” se déroulant dans une période aussi importante de notre histoire contemporaine bien qu’avec si peu de recul dans le temps. Justement, Hella Feki fait ce choix de se concentrer sur la psychologie de ses personnages et de leurs propres rapports au monde. Et c’est sans doute le bon choix que de ne pas avoir pris le parti de décrire une pensée qui serait universelle !

Malgré les frustrations révélées plus haut, je suis heureuse d’avoir découvert Hella Feki et je suivrai avec plaisir ses futures publications.

Je ne résiste pas à l’envie de vous retranscrire cette petite citation qui, à mon humble avis, est encore tout à fait juste pour nos générations partout dans le monde :

“Finalement l’identité reste un fantasme, une construction de l’esprit, une machine de survie. Je fais encore partie d’une génération dont les rêves pourraient s’effondrer à cause du diktat d’une famille.”

La 4ème de couverture

Janvier 2011. Les journaux sont censurés, les informations  se diffusent sur Internet et un murmure  parcourt la Tunisie : la rue gronde. Mehdi, un jeune  journaliste, tourne en rond dans sa cellule, sans savoir  ce qu’il va devenir. La Cellule, elle, sait tout, elle a vu  ce que les geôliers ont fait aux autres prisonniers.
Dehors, Essia s’inquiète de la disparition de Mehdi,  son nouvel amour. Elle part à Sfax, sa ville d’origine,  pour tenter de le retrouver. À Tunis, Yacine, le père  d’Essia, se rappelle l’indépendance. D’ailleurs, il a  mal sous le pied gauche, comme au départ des  Francais en 1956. Mehdi est encore le seul à le comprendre  : c’est une révolution.
 
Hella Feki décrit la révolution de jasmin de l’intérieur, avec une écriture puissante, évocatrice, sensuelle. Ses personnages  racontent leurs espoirs, leurs blessures, leurs peurs, leurs défaites, leurs envies de tout changer. De tout casser. Pour mieux reconstruire. 

Editions JC Lattès, coll La Grenade

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Avis lecture Noces de Jasmin Hella Feki
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Noces de jasmin – Hella Feki
Editeur : Editions JC Lattès, coll La Grenade, 2020
Prix : 18€

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